PONT SONORE BELJU - 2009/2013



/ installation sonore transfrontalière
/ campagne de field recordings dans la zone belju
/ performances dans l'espace public
/ sound streaming
/ archivage
/ résidences
en collaboration avec Gilles Aubry et CarlY
août-septembre 2009
6 semaines
4 sites publics: Delémont, Porrentruy, Bourogne, Belfort

design et web: Gilles Lepore et Pierre Steulet
stream: la boîte blanche
invités: Michael Northam (US), Duncan Whitley (UK), Pali Meursault (F), Aymeric de Tapol (F), Collectif ÖDL (F), Dinah Bird & Jean-Philippe Renoult (F), Eric Cordier (F), Helena Gough (UK) hôtes: théâtre du granit, belfort; espace multimédia gantner, bourogne; galerie les halles, porrentruy; club de boules le béridier, delémont; vernissage lübi, les émibois; les digitales, porrentruy
Sélection Sitemapping/art numérique, Office fédéral de la culture, 2009
 
publications : 
belju soundbridge collection, ui.universinternational.org, 2013 
beljaffuches, Musée des Arts, Moutier, 1.9.2013






 

La gare du Moval, zone frontalière, Territoire de Belfort, juillet 2009
Audioblog du Belju
Pont RDU, Delémont, vidéo GL 
Enregistement au moval, future gare TGV, août 2009
RDU, Delémont
Installation lübi, Queloz & Duplain
Blason d'un pays erratique

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During summer 2009, sound artists Gilles Aubry, Stéphane Montavon and Carl Y are constructing an archive of environmental sounds around the Belju, a fictive area at the Swiss-French border between Canton du Jura (CH) and Territoire de Belfort (F).
The work documents the sonic landscapes of natural, urban and industrial sites of this transnational area, in particular those of transit of individuals and goods between both sides of the border. The sound recordings are combined together and redistributed in the public space opened by the sound bridge via internet, following the idea of a temporary redisplay of geographical representations and of national and cultural borders.
Four permanent listening sites are installed in the cities of Belfort (F), Bourogne (F), Delémont (CH) and Porrentruy (CH), starting the 15th of August until the 12th of September 2009.
On the web, the Belju sound bridge exists as a playable sound archive and an open blog.
Live performances and interventions with international guest artists take place on various locations on this territory during the project.
About the context
The Belju sound bridge project takes place on a transnational area constituted by the Territoire de Belfort in France, population 145'000, and the Swiss Canton du Jura, 70'000. Economically, the situation is characterized by a substantial difference in prosperity between the two regions. As a result, many French crossborder people work daily in companies based on the Swiss side, essentially in the sector of metal industry, watch making and low-cost services. While Swiss citizens only cross the border occasionaly to go shopping in French supermarkets, some of them have for instance choosen to live on the French side, where housing is cheaper than in Switzerland. Or a young French man from the border would go every summer to the same Swiss lake. Or it's about bull sperma from the States crossing the green line. Not a 2D-trip, but a confrontation with a place-to-be. By exploring the soundscape of this region, the Belju sound bridge project should inform a more general understanding of its society and the culture that produces it.

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Du 15 août au 12 septembre, Gilles Aubry, Stéphane Montavon et CarlY ont créé Le pont sonore Belju, un projet construit avec leurs invités, et aboutissant à une archive commentée de pièces sonores enregistrées et montées dans un territoire imaginaire, le Belju. C'est à savoir au bord de l’aire géographique comprenant le Territoire de Belfort (F) et le Canton du Jura (CH). Quotidiennement les participants redistribuaient l’archive dans l’espace public formé par le Le pont sonore, et diffusaient à travers un réseau de streaming transfrontalier débouchant sur 4 sites, à Belfort, Bourogne, Porrentruy et Delémont. Ces sites de l’installation consistaient en un dispositif de haut-parleurs conçu de manière à exploiter la résonance spécifique des espaces architecturaux dans lesquels les pièces sonores seraient réimplantées : sous le pont de la RDU (D’mont), dans la cour des Halles (P’truy), dans l’escalier central, mais extérieur, du Granit (B’fort), sur l’aire derrière Gantner (Bourogne). Par ailleurs l’archive était et reste disponible online. Un interface simple permet de la consulter, de la mixer à son gré et d’écouter Radio Belju (belju.info). Un audioblog (belju.blogspot.com) réfléchit sur le processus de construction du Pont sonore, tout en donnant à entendre l'archive de pièces accompagnées de documents et de textes des artistes participant au Belju.
Le projet se déployait également sous forme d’interventions. Ainsi le Belju a investi avec ses giraphones le Château de Morimont le temps d’une journée sonore. Il est venu passer une autre journée sur le site de Delémont. Et quelques heures au Granit. Pour les aborder autrement. Il a aussi été invité à se produire au Festival Les Digitales à Porrentruy, à se greffer sur l’installation Lübi aux Emibois.
Oscillant entre documentation et création sonore, investissement participatif d’un territoire et recherches personnelles, questionnant la site-spécifité, réseautage internet et singularité des gestes d'enregistrement et de mise en scène du son, programme de diffusion et performance, le Pont sonore Belju a été conçu pour mettre à l’épreuve la notion de frontière et d’échange transfrontalier.
Si le son ignore la limite entre intériorité et extériorité du corps, si les auteurs et leurs invités travaillent la matière du son environnemental et tendent, de ce fait, à déplacer les frontières du champ musical, si enfin la réimplantation du son fixé provoque des perturbations, des étrangements audiovisuels, il fallait encore mettre en oeuvre ces puissances déconstructives dans l’approche de plusieurs aspects de la problématique transfrontalière locale. Le Pont sonore Belju s’est intéressé particulièrement aux transformations dues à des politiques tantôt de désenclavage de la région, tantôt de régulation du trafic des biens et personnes, en tant qu’elles touchent les modes de vie et les lieux : frontaliers, routiers, riverains, transitaires, chantier de l’A16 et de la gare TGV, nouvelle douane de Boncourt. Le Belju a écouté également l’histoire de la frontière, mieux les histoires, guerres, réfugiés, contrebandes, amours et les voix de ce différend sans fin.

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Et que des rumeurs s'infiltrent dans votre atmosphère familière. Des paysages d'à côté, des récits de contrebandiers, oreilles en pointe. Que des coulisses sonores débouchent ici, au quotidien, et là, viennent hanter votre regard, en passant sur le pont du Belju.

Scènes de comices aux Halles. Quels rythmes, le marché. Quels événements amoureux cependant. Au réveil, votre café bu, vous chaussez un micro. Lancé dans votre journée, vos oreilles ont des saisons qu'on ne vous connaît pas. Y a-t-il une voix populaire. Ou que des gens au travail. Y a-t-il une vie après l'Ipod. Les clameurs de Sochaux et celles des places de la Liberté, slogans, combats. Crieur public. Ou vous êtes chaud en ligne. Vannez-les-tous. Sur le Pont du Belju, allez. Téléguidez. Que le Belju soit une agence de rencontres tuning.

Mais qu'oit-on à Gourgouton. Et une fois sourde, madame, irez-vous faire vos courses chez Aldi. À Fessevillers peut-être. Aux Essapeux. Que disent les rumeurs de l’attachement à la terre. Quelle déclinaison d'entrailles chez certains. Au passage de la frontière. Faut-il garantir la traçabilité sonore du capitalisme de marché. Le Fritz des Rangiers vous en garde. Les oiseaux de l'hôpital. Chtétripe la tchoupe. Oh ja, shame on you. Cam cachée.
Et si l'on organisait le Mondial de foot des fugitifs à Bourogne. Des trains, des avions passeraient là en sifflant, en tonnant. On y construit des fresques de voix sans corps, d'usines sans émissions, de zoos sans odeurs, de chantiers sans poussière. On y entend les palabres d'une mi-temps de sans-papiers, qui se prolonge, étendue là. Fumant sur la pelouse au coeur de l'Europe réimplanté là. Son pano direct.

Des voisines. Le Territoire de Belfort et le Canton du Jura sont deux entités politiques qui partagent une portion de frontière commune, la frontière franco-suisse. Elles sont voisines, c'est arbitraire. Tenez, vous prenez le Doubs. Si tous les matins, vraiment. Des centaines de jeunes filles, ayant chaussé leur Ipod, accouraient des alentours sur le sentier des contrebandiers, à l'envers de Réclère, guidées par une voix leur ordonnant d'y venir sacrifier leur joujou, leur pet, leur fétiche, que se diraient-elle. Et qu'en dira-t-on ailleurs. De là-haut, de la tour, dans les réseaux. Quelle scène dans quelle rotonde. Mais c'est quoi, aujourd'hui, ce voisinage frontalier au bord de la Vieille. Quels refrains, quels actes, quelle communauté. Bienveillantes, les voisines. Surveillantes. Sur le seuil ça palabre. Riposte qu'oreilles tranchées.